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The Conversation (Conversation secrète)

6 Décembre 2013, 15:27

(1974, de Francis Ford Coppola)

(1974, de Francis Ford Coppola)

Harry Caul, spécialiste des écoutes, espionne avec son équipe la conversation d'un couple d'amants sur une place de San Francisco. L'enregistrement au milieu de la foule est de mauvaise qualité. En retravaillant les bandes chez lui, Harry s'aperçoit que ce couple est peut-être en danger de mort...
 

 

A travers cette histoire d'espionnage très banale, le film nous plonge dans la solitude de son héros et nous montre sa descente dans le doute, la culpabilité, sans doute la folie. Alors même que toute son éthique professionnelle suppose le détachement et même l'indifférence, Harry Caul comprend qu'il ne peut rester neutre face à ce qui se passe. Mais en outrepassant ces règles, il s'expose à découvrir de dangereux secrets, ce qui mettra sa vie en danger. 

Harry Caul est un anti-héros qu'on croirait sorti d'un roman de Simenon. Dès le début du film, on peut en effet comprendre que c'est un homme fragile et faible : obnubilé par la sécurité et le respect de sa vie privée, il se laisse surprendre le jour où la gardienne entre en son absence lui apporter du courrier. Il a verrouillé son laboratoire avec tous les équipements de sécurité les plus modernes, mais il se laissera tromper comme un débutant le jour où on voudra le cambrioler. Il est intéressant de savoir qu'à l'époque du film, Gene Hackman était en pleine période hippie, extraverti et habillé de couleurs vives. Il devait donc se faire violence pour jouer tout son contraire, ce petit homme gris et terne, asocial au possible. Un véritable travail d'acteur !

 

D'après IMDb, le personnage devait s'appeler Harry Call, ce qui aurait été signifiant, quand on sait l'importance des appels au téléphone dans le film, mais à cause d'une faute de frappe, le nom est devenu "caul". Mais même avec cette faute, son nom lui convient, car "caul" est le mot anglais pour désigner cette partie de la poche des eaux qui peut recouvrir le crâne du bébé à la naissance. De fait, c'est comme si Harry avait toujours cette pellicule interposée entre lui et le monde extérieur : c'est un homme isolé, qui va devoir déchirer cette poche pour s'exposer à la réalité, alors que jusqu'ici il ne la percevait que via des enregistrements. 

Coincé entre deux chefs-d'oeuvres flamboyants, Le Parrain (1972) et Apocalypse Now (1976), The Conversation est l'oeuvre la moins connue de l'âge d'or de Coppola : elle s'inscrit dans cette lignée de films des années 70, sur la deshumanisation de la société moderne et la paranoïa face aux technologies de surveillance (pensons aux films d'Alan J. Pakula ou Les trois jours du  Condor de Sidney Pollack). Et Coppola réussit, avec une économie de moyens remarquable, le chef-d'oeuvre de ce genre - un long-métrage fascinant, lancinant, angoissant, à l'image de son thème musical - un travail d'orfèvre sur les bruits, inquiétante mélodie électronique, musique concrète de la surveillance généralisée qui résonne terriblement avec notre époque. 

 

The Conversation (Conversation secrète)
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