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Alphaville

6 Janvier 2014, 10:57

(1965, de Jean-Luc Godard)

(1965, de Jean-Luc Godard)

Un journaliste est envoyé dans une autre galaxie, dans la cité totalitaire d'Alphaville. Celle-ci est dirigée par un ordinateur omnipotent, Alpha 60. Or, le journaliste est en réalité un agent secret, chargé de détruire l'ordinateur et de capturer son inventeur, le professeur Von Braun...


Godard mêle film noir, espionnage et science-fiction pour une visite d'un univers absurde et robotisé. Si la réalisation est excellente et si la photographie et la mise en scène sont très bonnes, en revanche les dialogues et le jeu des acteurs ont mal vieilli. Entendre l'héroïne citer des aphorismes de Pascal ou Nietzsche fait très daté, très "intello de gauche"... On se frotte les yeux (les oreilles disons) quand on entend Constantine citer posément Bergson ("je crois aux données immédiates de la conscience"). Typiquement la manière "littéraire" d'aborder la philosophie sans rien y comprendre, juste comme un recueil de citations "brillantes". De plus, le message final est un peu léger : l'amour et la poésie permettent de vaincre la dictature. Flatteur pour les étudiants en lettres, mais tout de même simpliste. 

Sur le même thème d'un univers ultra-moderne et totalitaire, Tati a incomparablement mieux réussi avec Playtime, où il met en scène la réconciliation de la technologie moderne avec la poésie et le merveilleux du quotidien. 

Alphaville

(Mars 2014) La lecture d'un article de Clément Rosset m'a permis de mieux comprendre ce film.

Selon un article tiré de son recueil Faits divers (PUF, 2013), Jean-Luc Godard serait un cinéaste foncièrement ironique, capable de filmer une chose pour dire son contraire ; par exemple, La Chinoise exalte apparemment le maoïsme, tout en moquant cette jeunesse bourgeoise qui rêve de révolution. 

De même Alphaville serait à prendre au second degré : Godard se moquerait de ces naïfs qui opposent le vilain monde totalitaire à l'déal pur des artistes... Son propos serait volontairement caricatural dans la forme pour mieux en faire ressortir la naïveté. Sans doute peut-on dire que Godard a su garder la tête froide, en dénonçant les grandes illusions collective de son époque. Mais cela ne ferait que confirmer, si besoin était, ce penchant du cinéaste pour la jouissance morose de l'intellect : ou comment contrarier tout idéal, en faisant des films avant tout "négatifs", destinés à briser les illusions... 

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