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Fin de concession

9 Février 2014, 13:28 Documentaires

(2011, de Pierre Carles)

(2011, de Pierre Carles)

Troisième volet d'une trilogie entamée avec Pas vu pas pris (1998) et Enfin pris ? (2002) dans laquelle Pierre Carles dissèque le monde de la télévision pour tester jusqu'où on peut le critiquer. A chaque fois, l'idée est de montrer l'omniprésence des journalistes vedettes, leurs collusions avec les patrons et les politiques et enfin le conformisme général de leurs discours.

 

Fin de concession part d'un constat : lorsque TF1 a été privatisée en 1987, la concession faite à l'acheteur (Bouygues) était pour une durée limitée. Or, depuis, jamais aucun gouvernement n'a remis en cause la mainmise du marchand de béton sur la plus grande chaîne française. P. Carles interpelle en vain diverses personnalités (Guillaume Durand, Jean-Marie Cavada, Elise Lucet, Bernard Tapie...). Il s'intéresse aussi au dîner mensuel du club du Siècle, où se retrouve le gratin de la nomenklatura française. Il s'interroge enfin sur ses illusions perdues, sur la possibilité, aujourd'hui, de s'attaquer à ce monde qui a appris à récupérer les trublions comme lui. Face à ces échecs, reste l'humour et les petites subversions pour résister au pouvoir des dominants.

 

La démonstration est impeccable sur le fond. Carles nous régale de plusieurs documents uniques en leur genre, comme cette séquence de coaching de Martin Bouygues en 1987, menée par l'inénarrable Bernard Tapie. 

Sur la forme, Pierre Carles déploie tout son talent de metteur en scène, que ce soit dans la séquence d'ouverture place de la Concorde, quasiment expérimentale, dans cette rencontre où il humilie le vieil Etienne Mougeotte , dans sa "confrontation" avec Jean-Marie Cavada etc. Néanmoins, cette mise en scène narcissique finit par desservir son propos, surtout quand elle vire à la mise en abyme : Carles échoue à faire son film, donc à la place, il se met en scène cet échec dans son film. L'enquêteur prend le pas sur l'enquête et cela finit par parasiter le propos.

Fin de concession

La scène ci-dessus, quasiment picturale, illustre bien le film : Franz-Olivier Giesbert, démarche mâle et résolue, crinière argentée de vieux lion des médias, avance en pleine lumière. En retrait, Pierre Carles reste dans l'ombre, il regarde FOG, farouche, ironique, peut-être jaloux, alors que ce dernier ne l'a même pas remarqué. Il lui aurait suffi de faire des concessions pour devenir lui aussi une vedette de la télé (il en avait largement le talent). L'un a choisi le succès, l'autre ses convictions. 

Fin de concession

Dans son documentaire suivant, Hollande, DSK, etc., le réalisateur a oublié la veine "post-moderne" qui était celle de Fin de concession, pour revenir à ce qu'il sait le mieux faire : un documentaire efficace et clair sur les collusions des journalistes et des politiques. Comment les principaux éditorialistes avaient tous "voté" DSK président pour 2012, avant que le scandale  du Sofitel n'éclabousse leur poulain, et qu'ils ne se rabattent sur Hollande avec la même unanimité.

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