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重慶森林 (Chungking Express)

1 Septembre 2014, 08:00 Neon City

Pour le 200ème article de ce blog, un de mes films-cultes.

(1994, de Wong Kar-wai)

(1994, de Wong Kar-wai)

Deux histoires se déroulent dans un centre commercial : un premier policier, lâché un mois plus tôt par sa copine, cherche à tomber amoureux d’une mystérieuse blonde. Un second policier rencontre une serveuse fofolle qui s’ennuie au snack de son oncle...

 

Chungking Express est le film culte de plus d'un cinéphile. De fait, comment un petit film comme celui-ci, tourné rapidement entre deux autres projets du réalisateur, peut-il être aussi fascinant

Je crois que c'est parce que Wong Kar-Wai nous place dans une zone incertaine, où la réalité voudrait rejoindre le rêve, ou y ressemble étrangement. 

Faye, la serveuse s'ennuie au comptoir de son snack, à servir la sempiternelle salade du chef. Elle dort debout ou rêve éveillée, rêveuse ou somnambule. Elle cherche la légèreté, mais elle est toujours à deux doigts de la mélancolie. Elle rêve d'ailleurs, elle rêve de s'envoler ; alors pour s'évader au moins en pensée, elle écoute sans arrêt California Dreamin'. Elle deviendra hôtesse de l'air, et voyagera sans arrêt entre Hong-Kong et Los Angeles. Elle ne posera donc sans doute jamais le pied sur cette Californie rêvée, qu'elle ne verra que du ciel ou au travers des vitres de l'aéroport. 

Toujours dans ce film la drôlerie frôle l'amertume mais ne s'y abîme jamais. 

Le réalisateur nous plonge dans une atmosphère unique. Il y a dans ce film plein de plans magnifiques, comme celui d’une chemise qui sèche dehors sur un fil à linge pendant qu’un avion passe dans le ciel, ou la soirée à la bougie dans le bar privé d’électricité. 

Nous sommes dans les songes de la nuit : Wong Kar-wai fait du centre commercial Midnight Express des Chungking Mansions un temple du rêve. Dans le premier segment, le policier frôle la fausse blonde au cours d'une poursuite et rétrospectivement, il se dit qu'il tombera amoureux d'elle. Mais comment peut-il se souvenir de l'avoir croisée alors qu'il ne l'a pas remarquée sur le moment ? Nous sommes entre le rêve et la remémoration, dans un espace et un temps entièrement dédiés aux délires de l'esprit, entre l'instant et une quasi-éternité : "If my memory of her has an expiration date, let it be 10,000 years".

La séquence d'ouverture ahurissante de beauté, magnifiée par le thème envoûtant de Michael Galasso, culmine dans un plan où le policier court, son mouvement décomposé en images saccadées, traversant toutes les couleurs qui jaillissent et s'animent autour de lui.

Et voilà sans doute le génie de Wong Kar-Wai : peindre le rêve par le cinéma.

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