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Welcome to New York

19 Mai 2014, 08:30

(2014, d'Abel Ferrara)

(2014, d'Abel Ferrara)

Déveraux, responsable d'une grande institution internationale, est avant tout un obsédé sexuel, volontiers brutal avec les femmes qui lui résistent. Dans son hôtel new-yorkais, il est surpris par la femme de chambre noire au moment où il sort de sa douche. Il se jette sur elle et l'oblige à lui faire une fellation. Alors qu'il s'apprête à embarquer à l'aéroport, il est arrêté par la police...

 

Quand Abel Ferrara, le voyou du cinéma, adapte l'affaire DSK, on peut s'attendre à tout... Mais contrairement à ce que laissait croire la bande-annonce, Welcome to New York n'offre pas deux heures de partouzes et de passes crapuleuses. Il y en a, au début, mais ce n'est pas la plus grande partie partie du film. Plus on avance, plus le ton devient mélancolique, presque intimiste. Après le récit de l'arrestation et de l'emprisonnement, la deuxième partie passe rapidement sur le procès et propose un huis-clos dans l'appartement, entre le héros et sa femme.

 

Au fond, Abel Ferrara a d'abord voulu mettre à nu un homme, au propre comme au figuré. Obligé de se deshabiller devant les policiers, Dévereaux est confronté à la vérité de sa condition : plus de première jeunesse, très gros, presque obèse, intéressé uniquement par le sexe, il ne ressent plus rien pour les autres (comme il le confie à son psychanalyste). La confrontation cathartique avec sa femme sera là aussi une épreuve de vérité : il doit à celle-ci le meilleur (les moyens de ses ambitions) comme le pire (la soumission, le mensonge, la perte de sa liberté). 

La mise en scène entretient volontairement la confusion entre Dévereaux et Depardieu, qui fait lui aussi le point sur ce qu'il est devenu : individualiste, méfiant envers la politique, anarchiste proclamé, il emmerde le monde entier. Il se tourne même vers la caméra et nous fixe droit dans les yeux en s'exclamant : "Qu'ils aillent tous se faire enculer !" Du grand Gégé devant l'éternel...

 

Point faible du film : les dialogues mélangent l'anglais et le français, entravant la diction des acteurs. On a du mal à écouter les tirades de Jacqueline Bisset, qui passe d'une langue à l'autre selon les phrases. Cela fait improvisé, amateur (mais c'est aussi la griffe de Ferrara). Quant à Depardieu, il passe une partie de son temps à grogner, éructer, souffler (et pas que pendant les scènes de sexe !). Autant dire qu'on a souvent du mal à y croire. 

 

Heureusement, la réalisation est soignée. Ferrara fait preuve, une fois de plus, de son talent. Il n'a pas craint de mêler la beauté des lumières au grotesque des situations pour mettre en scène la déchéance de son héros. Son style visuel  serait parfois comparable à celui de Michael Mann. Mais si ce dernier filme les truands comme un gentleman, Abel Ferrara lui, a filmé les gentlemen comme un truand ! 

 

Welcome to New York n'est sûrement pas un grand film. Il souffre de plusieurs défauts regrettables. Il vaut d'abord pour la performance théâtrale de Depardieu, en roue libre : il s'est mis tout entier dans ce rôle de gros salaud aigri ; il y trouve une nouvelle occasion de jouer la provocation et l'excès, mais c'est quand il s'éloigne le plus de la réalité de DSK qu'il est le meilleur.

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