Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Playtime

7 Octobre 2014, 10:54

(1967, de Jacques Tati)

(1967, de Jacques Tati)

M. Hulot arrive dans un Paris futuriste, immense, impersonnel, voué tout entier à la technologie et à l'efficacité. L'architecture est aussi moderne que deshumanisée : verre, béton et plastique. La foule des passants se compose de cohortes de touristes interchangeables et de salariés aux démarches stéréotypées, qui se pressent dans les rues et les grands bâtiments de bureaux. 

 

On peut dire que le film est construit comme un opéra en six tableaux au travers desquels passe M.Hulot avec sa démarche distraite et incertaine. 

Dès le premier plan, nous voyons un grand hall tout propre, qui pourrait être aussi bien un aéroport qu'un hôpital ou un musée, signe de l'indistinction des lieux, construits comme des endroits fonctionnels et interchangeables. Au sein de cette ville gigantesque, M. Hulot n'est plus qu'un discret fil conducteur entre les dizaines de personnages dont on découvrira quelques moments de vie.

Les conversations, souvent dans un franglais presque incompréhensibles, sont vite recouvertes par des bruits de fond environnants. Nous sommes plongés dans un univers foisonnant, vivant sa propre vie et que nous parcourons nous aussi, un peu comme ces touristes pressés, mais un touriste qui n'auraient rien à faire que de tout regarder librement, de saisir aussi bien la vue d'ensemble que le moindre détail de ce paysage insolite.

Playtime

Chaque plan regorge de petits détails et de scènes insolites : la volonté du réalisateur est de rendre le spectateur actif, en l'incitant à commenter l'action et en pointant ce qu'il découvre à l'image. J'aime particulièrement la séquence dans le showroom, avec ses stands de démonstration pour la porte qui claque silencieusement ou l'aspirateur à lampes pour éclairer sous les meubles. 

Dans Playtime comme dans toute son oeuvre, Tati cherche comment marier tradition et modernité, en balançant sans cesse de l'un à l'autre. On peut noter aussi chez lui un certain patriotisme cocardier. Ainsi, dans le restaurant, alors que l'ambiance est encore tiède, c'est le trompettiste de jazz qui lance vraiment la danse. Mais ce dernier finit par être débordé à la fin de la soirée et s'en va rageur, devant l'anarchie folle qui s'empare des lieux. Les Français reviennent en scène pour chanter : c'est la java qui reprend le dessus sur le jazz, le peuple de Paris sur les employés de multinationales ; la gaieté française sur la machinisme à l'Américaine. L'idée pour Tati, est de ressusciter une certaine France populaire, conviviale, pour contrebalancer cet univers trop vite devenu moderne, et donc étouffant.

Playtime

Mime et magicien, Tati nous entraîne ainsi dans le dédale d'un univers à la fois fascinant et effrayant. Son génie consiste à réintroduire le burlesque et l'inattendu dans un monde mécanisé, inspiré en bonne partie des bâtiments d'Orly. Ainsi de ce moment désopilant où Hulot dérape sur le sol trop lisse ou s'enfonce dans les sièges trop profonds ("pssssch-toc" !). Il nous emménera jusqu'à un final utopique, qui réconcilierait la poésie du quotidien avec l'organisation sociale moderne. Une oeuvre visionnaire et vertigineuse, expression d'un cinéma total.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Haut de page