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Heat

1 Avril 2015, 10:32

(1995, de Michael Mann)

(1995, de Michael Mann)

Neil McCauley et son équipe sont des braqueurs professionnels. A la suite d'une attaque qui tourne mal, ils sont pris en chasse par un flic acharné, Vincent Hannah. Bientôt, McCauley et Hannah, à force de jouer au chat et à la souris, apprennent à se connaître à distance et à s'apprécier : ils comprennent qu'ils sont semblables, obsédés par leur travail, incapables de vivre pour autre chose que pour l'adrénaline de la chasse.

Heat reste pour moi le sommet de l'art de Michael Mann. Il livre une véritable épopée des truands et des flics, qui est un affrontement tribal tragique au milieu d'un monde moderne trop structuré et trop pacifié. Bien sûr, Al Pacino en fait parfois des tonnes, et cela dénote sur le style du film, tout en précision millimétrée. Face à Pacino, De Niro est beaucoup plus dans la réserve.

La réalisation de Mann est vraiment magistrale, avec ses paysages urbains fascinants et son utilisation formellement parfaite des couleurs. Ma séquence préférée est peut-être celle juste avant la fameuse scène au café. L'hélicoptère de la police survole la grande métropole tachetée de lumière, puis il se pose et le personnage d'Al Pacino monte en voiture et prend en chasse la voiture du braqueur. Sur fond de la musique de Moby, il fonce sur une autoroute aux lumières vertes, en contrast violent avec les phares rouges des voitures de devant. Un chef-d'oeuvre du film d'action.

Heat

Un ami qui tient aussi un blog de cinéma trouve au contraire ce film sans épaisseur, froid et prétentieux. Voir son article à cette adresse : Heat est selon lui "trop conceptuel et irréaliste, trop peu ancré dans la réalité urbaine, avec une ville/décor sans dimension sociale et populaire, trop branchouille et désincarné, trop téléphonique et téléphonée. Heat restera la version bling-bling du polar urbain, très à la mode dans les années 80/90."

Il m'écrivait par ailleurs : "Ce qui me gêne chez Mann c'est ce consumérisme assumé, cette image type publicitaire, ces personnages qui sortent de Closer, dans la lignée de De Palma et de Tony Scott, des films de papiers glacés, où règnent la vacuité."

Je reconnais que Mann est le cinéaste des grandes métropoles froides, notamment Los Angeles, toujours montrée comme un univers de béton et de verre, artificiel et gris, dont le charme ne vient que des éclairages électriques multicolores. A mon avis, toute l'ambiguïté du rapport de Mann à notre société est là : à la fois critique mais aussi fasciné. Et cela trace selon moi la ligne de démarcation entre ses bons et ses mauvais films. Dans Heat, The Insider ou Collateral, il a su montrer parfaitement la violence larvée de nos sociétés, la misère de la solitude, le conformisme de la société capitaliste. Au contraire, dans Public Enemies, Miami Vice, il cède à la facilité, il fait de l'esbroufe, bref il donne dans le kitsch, qui est toujours la complaisance dans le mauvais goût d'une époque : le culte de la virilité, le vice, les mirages des images à haute technologie... (Je ne l'ai pas encore vu, mais son dernier, Blackhat a bien l'air de se classer dans cette catégorie).

C'est pour cela que Mann est un grand cinéaste de la société libérale actuelle, dont il incarne en quelque sorte toute l'ambivalence.

commentaires

Tietie007 01/04/2015 20:21

Mann était l'ancien producteur de Miami Vice, série branchouille et bling-bling des années 80, mais qui était assez nouvelle dans cette manière glamour et select de filmer l'urbanité américaine. Mais je n'arrive pas à m'y faire !

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