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Inception

5 Mai 2016, 09:44

(2010, de Christopher Nolan)

(2010, de Christopher Nolan)

Cobb a pour métier de s'introduire dans l'esprit des gens pour y voler leurs secrets. Pour cela, il les endort et manipule leur rêve afin de les placer dans des situations où ils vont révéler "librement" ce qu'ils cachent. Un gros client, qui veut faire main basse sur son concurrent, engage Cobb pour une mission encore plus risquée : non plus voler un secret mais implanter une idée dans le subconscient de la personne, afin qu'au réveil, elle décide de démanteler sa multinationale. Cobb et son équipe préparent ce coup ultime, l'inception, en prévoyant plusieurs niveaux de rêve emboîtés les uns dans les autres...

 

Nolan est un cinéaste qui aime déformer notre perception de l'espace et du temps, pour nous entraîner dans des voyages étourdissants. Dans Memento, il mettait en scène un héros atteint d'un trouble qui lui fait tout oublier au bout de cinq minutes, et il filmait son histoire en remontant le temps pour montrer -déjà- comment une idée pouvait faire peu à peu son chemin dans la tête de quelqu'un... Dans ce thriller, Nolan introduit la mythologie grecque dans le monde de l'espionnage : il nous entraîne dans le labyrinthe de l'esprit et cette plongée dans les profondeurs a quelque chose de véritablement vertigineux. Car jusqu'où peut-on descendre dans la mémoire et le passé ?...

Nolan précisait dans une rencontre publique qu'il avait voulu montrer "Tokyo, la ville fractale, Paris la ville linéaire et Mombasa la ville labyrinthique". Du reste, je trouve la poursuite dans Mombasa excellente, avec ce passage étroit entre deux bâtiments qui se resserre jusqu'à l'étouffement. Cauchemardesque !

J'ai trouvé une seule séquence en-dessous, celle dans la neige. Très confuse (j'ai renoncé à distinguer les méchants et les gentils, tous en tenues blanches), elle alourdit le film et semble là uniquement pour dire : "allez, une scène d'action !" Elle fait déjà-vu (dans les James Bond) et retarde inutilement la progression de l'intrigue. Un autre point faible serait la musique, qui finit par être assommante. En voyant récemment la bande-annonce de Doctor Strange, je me suis d'ailleurs aperçu que les "POOOIIINNN" ont de l'avenir...

On peut également reprocher à Nolan sa vision trop froide et "cérébrale" des rêves. Tout cela manque en effet d'incohérence et de fantaisie. D'une certaine façon, Inception nous entraîne dans le cerveau de Nolan, où l'hémisphère gauche (la logique) est beaucoup plus actif que le droit (les émotions) ! Dernière réserve, Marion Cotillard, actrice que je trouve toujours crispante et antipathique au possible. Ceci dit, jouer l'espèce de harpie d'ex-femme du héros lui va assez bien... En revanche, les autres acteurs sont excellents, Joseph Gordon-Levitt (qui prend la vedette dans la meilleure scène, l'hôtel qui se renverse), et surtout Tom Hardy, qui pour moi a le meilleur personnage de la bande. J'aime particulièrement sa scène de transformation devant le triple miroir. 

 

Pour la fin, je penche pour dire que Cobb est [spoiler] revenu dans la réalité. Nolan veut nous mettre un doute au dernier moment. Mais il me semble, alors que l'écran vient de passer au noir, que l'on entend bien la toupie vaciller, ce qu'elle ne fait jamais dans les rêves. Et quand bien même Cobb rêverait encore, il abandonne pour de bon sa toupie : ce qui compte pour lui n'est plus de chercher absolument à distinguer le rêve et la réalité, mais à vivre enfin avec ses enfants. Je lisais dans cette discussion que dans ce cas, la mise en scène aurait pu être plus clair, par exemple Cobb reprenant la toupie et la mettant dans sa poche, pour bien montrer qu'il ne voulait pas savoir la réponse. 

Inception
Inception

En regardant L'homme à la caméra (1929), j'ai découvert que Dziga Vertov avait eu l'idée de la ville qui se replie sur elle-même. Je suppose que Nolan a vu ce film et s'en est inspiré. Du reste, ce n'est pas un reproche, car il n'a pas fait que recopier ce plan, il l'a refait à sa façon, et peut-être bien amélioré. En effet, Dziga Vertov a l'idée de base, qui est de replier une image sur elle-même en la coupant par la moitié. Cependant, cette scène est vue de l'extérieur, du "point de vue de nulle part", comme si nous étions à l'extérieur du film. Tandis que Nolan, sans parler évidemment des moyens technologiques dont il dispose, qui sont sans comparaison avec ceux de Vertov, améliore l'idée en plaçant le spectateur à l'intérieur de la scène, et non plus en-dehors. Nous ne voyons plus seulement un bâtiment se replier, nous voyons une rue se replier sur nous, ce qui est bien plus saisissant !

 

Nolan a donc réussi à améliorer cette scène par une idée proprement cinématographique, et pas seulement par des moyens techniques (des images de synthèse).

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