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Sleuth (Le limier)

15 Septembre 2016, 10:38

(1972, de Joseph Mankiewicz)

(1972, de Joseph Mankiewicz)

Andrew Wyke, vieil auteur de roman policier à succès, invite chez lui l'amant de sa femme, Milo Tindle un jeune coiffeur. Il lui propose de lui laisser sa femme s'il accepte de monter avec lui une escroquerie à l'assurance, pour que les deux amoureux puissent partir ensemble. Tindle accepte cette proposition qui semble trop belle, et qui, de fait, l'est. Il se retrouve entraîné dans un jeu malsain et même macabre, où l'écrivain se met à jouer avec lui comme avec ses personnages... 

 

Sleuth est un huis-clos unique en son genre, un de ces très grands films dont on sent qu'il est génial sans pouvoir s'expliquer tout de suite pourquoi. Le décor, composé de toutes sortes de bibelots, d'automates et de gadgets, forme un microcosme grotesque. Ce décor tend à acquérir autant d'importances que les personnages eux-mêmes. Mankiewic nous met mal à l'aise avec de longs plans fixes sur les marionnettes qui partent d'un rire mécanique, comme si elles étaient proches de s'animer... tandis que l'affrontement des deux héros tend à faire d'eux des marionnettes. Mais qui tire vraiment les ficelles ? Difficile de dire si on est au théâtre de guignol, au cirque, dans une partie d'échec grandeur nature, ou bien une partie de billard à trois bandes... ou encore une murder party un peu trop bien scénarisée. Face à Laurence Oliver, on sent que Michael Caine fait tout pour être à la hauteur. Il trouve là un très grand rôle, dans la peau de ce jeune homme prolétaire humilié par l'aristocrate de vieille souche. Rire gêné, rire poli, rire aux éclats, rire dément, cri d'effroi, rage assassine, il joue avec brio sur toute la gamme des émotions, du comique au tragique. 

 

Bergson a pu définir l'effet comique comme du "mécanique plaqué sur du vivant" : selon lui, on rit des êtres humains quand ils se mettent soudain à ressembler à des êtres inanimés. Mais dans ce film, c'est le rire lui-même qui tend à se figer en un mécanisme inquiétant. Alors, ricanera bien qui ricanera le dernier !

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