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Ridicule

28 Juin 2015, 10:04

(1996, de Patrice Leconte)

(1996, de Patrice Leconte)

Grégoire Ponceludon de Malavoy, jeune noble des Landes, doit monter à Versailles pour obtenir l'autorisation d'assécher les marais de ses terres. Cherchant à obtenir audience auprès de Louis XVI, il comprend qu'il va devoir se faire un nom à la cour avant de pouvoir approcher le souverain. Grâce à l'aide d'un vieil aristocrate, il découvre le monde feutré et impitoyable des salons, où les réputations se font et se défont pour un mot et où le ridicule peut tuer...

Ridicule était un de ces films que j'avais en cassette à l'époque, et que je voyais et revoyais sans me lasser. Avec un copain, on se récitait les répliques par coeur. "-Annoncez !... -Octosyllabes !"

Toujours fidèle à la sa conduite
L'abbé, sans nuire à sa santé
Peut faire deux mots d'esprit de suite
L'un en hiver, l'autre en été.

Patrice Leconte dépeint une cour décadente, obscène derrière ses beaux atours, où la noblesse n'a plus pour signe distinctif sa valeur au combat ni ses terres, mais ses mots d'esprit assassins. Ces courtisans sont bien ridicules, à tous les sens du terme : risibles et dérisoires, comme s'ils pressentaient déjà leur fin. Ils chantent les louanges du "bel esprit" au clavecin, alors que dehors, le peuple a faim... (Le "bel esprit" n'est que l'art de briller, contrairement à l'esprit de l'honnête homme, qui cherche d'abord à être juste).

Le héros est une sorte de Barry Lindon qui ne se laisserait pas corrompre totalement. Il comprendra, la révolution passée, la supériorité du monde moderne, et de l'humour sur l'ironie. 

Le film est servi par des acteurs au sommet de leur art ; alors même qu'habituellement, ils m'irritent profondément par leur jeu prétentieux et sans humour, ici Charles Berling, Fanny Ardant ou encore Judith Godrèche sont parfaits dans leurs rôles ; surtout Fanny Ardant en courtisane défraîchie qui peut encore mettre les hommes dans son lit contre des faveurs à la cour. Excellente prestation de Bernard Giraudeau en rhéteur de salon. Un film presque oublié aujourd'hui, mais qui nous en dirait beaucoup sur nos ridicules contemporaines, quand la communication sur les réseaux sociaux se fait à coups de buzz, de clashes, de vannes et de tweets assassins, lancés par ces petits marquis que sont les people et leurs admirateurs.

On pense aussi aux propos de Molière, dans la préface du Tartuffe

C’est une grande atteinte aux vices, que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant ; mais on ne veut point être ridicule.

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